Retour au journal

Rencontre avec Jenna de l’association Molosses Land

TEMPS DE LECTURE 4 MIN
DATE
CATÉGORIE

Depuis plusieurs mois, Franklin a décidé de soutenir une association qui vient en aide aux chiens appelés “Molosses”, ces grands chiens qui sont abandonnés ou qui risquent l’euthanasie. Nous avons rencontré Jenna, responsable des pré-adoptions, elle nous parle de l’association et des difficultés dont ils font face au quotidien. Rencontre. 

molosses-land-franklin

Franklin : Est-ce que vous pouvez nous présenter l’association Molosses Land ? 

Jenna : L’association a été créée il y a 7 ans, l’objectif initial était de sauver des chiens menacés d’euthanasie et de les sauver de justesse. Depuis, on a des chiens qui ne sont pas spécialement menacés d’euthanasie mais qui sont abandonnés ou alors nous avons des conventions avec des mairies pour récupérer des chiens errants. Nous sauvons principalement des molosses mais pas uniquement, nous recueillons toutes les races de chien, du York au Dogue Allemand, en passant par le Caniche, le Berger Allemand ou encore le Labrador.

Les molosses sont un peu les mal aimés des chiens

 

Franklin : Qu’est-ce qu’un molosse ? 

Jenna : La dénomination molosse peut regrouper des chiens de différentes catégories comme les catégories 1, les catégories 2, et également ceux qui sont non catégorisés, de type molossoïde. On retrouve par exemple les Terriers ou le Dog argentin en non catégorisés. Ce sont des chiens qui ont souvent mauvaise réputation, à tort, parce qu’ils ont été utilisés par des personnes mal intentionnées qui les ont souvent dressés à l’attaque, au combat, et du coup ce sont souvent ces chiens là qui sont abandonnés en premier, qui sont maltraités et qui se retrouvent autant dans les refuges. C’est pour cela que les fondateurs du refuge, Régine et Patrice se sont penchés sur cette question parce que ce sont un peu les mal aimés des chiens.

Il faut savoir être une main de fer dans un gant de velours parce que ce sont des chiens qui testent beaucoup mais ce n’est pas pour ça qu’ils sont agressifs

Franklin : Est-ce que les molosses sont plus difficiles que les autres chiens ? 

Jenna : Non ils ne sont pas plus difficiles à éduquer que les autres, il faut juste avoir quelques compétences, il faut savoir être une main de fer dans un gant de velours parce que ce sont des chiens qui testent beaucoup mais ce n’est pas pour ça qu’ils sont agressifs. Il y a des chiens qui testent aussi, comme les Malinois par exemple qui ne sont pas des molosses. Ce sont des chiens qui ont besoin d’avoir une très bonne éducation et à partir de là, tout peut bien se passer avec eux s’ils sont bien pris en main dès le départ.

Franklin : Combien faites-vous d’adoption par mois ?

Jenna : Cela varie mais on réalise environ entre 20 à 30 adoptions de chiens par mois et 2 à 10 adoptions de chats par mois.  

Franklin : Pouvez-vous nous présenter l’équipe de Molosses Land et leur rôle ?

Jenna : Il y a les deux fondateurs, Régine et Patrice, le couple qui a créé le refuge, Michèle, qui travaille à la comptabilité et réalise la facturation, une personne qui gère le site internet, trois employés sur place qui s’occupent des chiens au quotidien et font les rendez-vous adoption et une dizaine de bénévoles qui viennent nous aider pour les animaux ou la gestion du refuge. Quant à moi je m’occupe à distance des pré-adoptions, de la page Facebook et de tous les sites où nous pouvons diffuser nos annonces pour les chiens. 

Franklin : Comment avez-vous connu Molosses Land ?

Jenna : Ça fait maintenant dix ans que je connais Patrice, on faisait partie tous les deux d’une même association : Galgos France. Je m’occupais du suivi adoption et lui était comportementaliste. On a tous les deux quittés cette association et on a repris contact au moment où une personne est venue m’alerter sur un chien menacé d’euthanasie : Bacri. Un Berger Allemand qui était au refuge de Lens et qui a mordu, vraisemblablement dans un contexte de peur. On l’a retrouvé affolé, il se montrait agressif. Ne sachant quoi faire j’ai tout de même pensé à contacter Patrice et on a tout fait pour sauver ce chien. Malheureusement nous n’avons pas réussi à le sauver malgré l’investissement, il y a même eu une manifestation pour lui. À ce moment-là Patrice était en train de créer son refuge, il m’en a parlé et puis on a décidé de travailler ensemble. C’était en 2013.

Les molosses ont toujours été les chiens de cœur de Patrice

Franklin : Pourquoi Patrice, le co-fondateur de Molosses Land a-t-il décidé de sauver les molosses en particulier ?

Jenna : Patrice a toujours été passionné par les Molosses, sa grosse passion c’est le Dog Allemand et le Rottweiler, entre autre, il en a toujours eu, ils ont toujours été ses chiens fétiches, ses chiens de cœur. 

Franklin : Pourquoi les molosses sont-ils souvent abandonnés ? 

Jenna : Ils sont souvent abandonnés parce qu’ils tombent entre de mauvaise mains et depuis la loi de 1999 qui essayait de réguler le problème, ça n’a fait que de l’augmenter. Parce que plus on interdit, moins ça diminue les soucis, au contraire.

Franklin : Est-ce que vous pouvez me parler un peu plus de la loi de janvier 1999 ? 

Jenna : La loi de janvier 1999 interdit notamment la reproduction des chiens de catégorie 1 dont les Pitt Bull font partie. La loi a été écrite pour éradiquer les Pitt Bull. Or aujourd’hui on constate qu’il y a une prolifération de ces chiens. Cela montre bien que cette loi est obsolète. Il y a une reproduction totalement illégale de ces animaux et dans le même temps, beaucoup de personnes qui ont des casiers judiciaires ont ces chiens-là alors qu’ils n’ont pas le droit.  S’ils se font contrôler, cela finit mal car le chien est euthanasié à cause du maître. On constate donc que cette loi a été pire que mieux finalement.

Le travail au refuge demande beaucoup de temps et de présence

Franklin : Pouvez-vous nous décrire une journée type à l’association ?

Jenna : Les journées sont comme dans tous les refuges, les membres de l’association arrivent assez tôt le matin vers 8h, pour nettoyer les box, donner à manger aux chiens, les abreuver, vérifier s’ils vont bien, les faire sortir. Ensuite à partir de 10h, il y a la réception sur rendez-vous pour les adoptions éventuelles. Quand il y en a tant mieux s’il n’y en a pas ça leur laisse le temps de s’occuper des chiens un peu plus longtemps, il faut aussi réceptionner des croquettes commandées, aller chercher des chiens sur le terrain. Ça demande beaucoup de temps et de présence, sans compter les chats aussi. On a peu de chats mais comme on a des conventions avec des mairies, comme on fait fourrière, on est obligé de recevoir aussi les chats. 

Franklin : Combien d’animaux avez-vous aujourd’hui ?

Jenna : Aujourd’hui au refuge on a 49 chiens, et entre 15 ou 20 chats en moyenne.  

Franklin : Comment peut-on devenir famille d’accueil ?

Jenna : Il n’y a pas de famille d’accueil chez Molosses Land, c’est un refuge, les seules familles d’accueil que l’on a c’est pour les chiens très âgés, pas très bien au point et généralement ce sont des familles d’accueil longue durée, les chiens finissent leur vie chez ces familles d’accueil. C’est très rare car on a beaucoup de chance en général tous nos chiens qui sont âgés ou qui sont handicapés, trouvent des adoptants chez nous. Encore là on avait un petit Beagle qui avait 11 ans, on a diffusé l’annonce on a eu une dizaine de demandes d’adoption pour lui. Il est parti le lendemain. Ça se passe très bien, on n’a pas besoin de famille d’accueil.

Les chiens seniors ou handicapés restent très peu au refuge

Franklin : Généralement les chiots et les chiens plus âgés ont plus de chance d’être adoptés ?  

Jenna : Les chiens très âgés ou handicapés oui parce que ça touche, il y a toujours des personnes qui veulent les accueillir, ils se moquent de l’âge ou du physique du chien. Les chiens seniors ou handicapés restent très peu au refuge. En général on a des gens très biens qui nous suivent et même des gens qui ont adopté 3, 4 ou 5 fois chez nous donc on créer une relation de confiance, même d’amitié parfois. Par exemple, il y a une femme qui nous a adopté 3 Bichons, un autre monsieur qui nous a adopté 3 Staffordshire une famille qui nous a adopté 4 Staffordshire, c’est super parce que ça prouve qu’ils ont confiance en nous, qu’on a créé un lien, et ça c’est de plus en plus récurrent. 

Franklin : Comment se passent les adoptions ? 

Jenna : C’est moi qui gère au départ les pré-adoptions. Je mets un post sur Facebook, sur Seconde Chance, sur Wamiz, sur 30 millions d’amis, j’essaye de diffuser le plus possible, et après les gens appellent. Je reçois les appels ou les messages privés sur Facebook, et là commence le tri pour trouver les adoptants. Il y a des personnes avec lesquelles on pense que ça va coller il y a des gens que l’on ne sent pas du tout. Et puis il y a des gens qui sont très bien mais qui ne correspondent pas au chien ou vice-versa. Donc là on leur explique, en général ça se passe très bien, j’explique les raisons. Encore hier, une femme voulait un Staffordshire mais il était hyper nerveux, elle avait un chien très calme, des enfants et des chats, j’ai dit que ça n’allait pas être possible parce qu’avec ce chien là ça se serait mal passé et donc elle va nous adopter un autre loulou. Le but, c’est de conseiller et qu’il n’y ait pas de retour. Parfois on se trompe évidemment parce que des personnes cachent bien leur jeu. Et pourtant je suis sélective et j’en refuse beaucoup mais malgré tout on peut faire des erreurs avec des personnes qui ne nous disent pas la vérité. 

Franklin : Est-ce que vous suivez les adoptants après l’adoption ?

Jenna : Oui on suit le chien, on a les comportementalistes, on dit toujours aux personnes que si elles ont un souci il faut tout de suite qu’elles viennent nous voir, il ne faut pas attendre que ça dégénère donc on essaye toujours de les conseiller, de faire en sorte de régler les soucis de comportement, je les mets à l’aise, je leur dis qu’il n’y a jamais de question idiote, il vaut mieux appeler que de voir le souci augmenter jusqu’à rendre le chien parce que la personne ne gère pas. Les gens nous appellent généralement assez vite quand il y a un problème. Souvent ça se règle, avec les personnes investies, il y en a d’autres qui veulent une peluche et ne vont pas prendre le temps de régler le problème, ça ne peut pas se régler en deux jours, d’où le fait qu’il y ait des retours. Il faut bien sûr de la patience, soit les personnes n’écoutent pas où ils veulent des résultats très vite ce qui n’est jamais le cas. Il y en a d’autres qui n’ont pas du tout eu d’éducation, on leur a tout laissé faire, donc le chien est dominant donc il faut faire un travail dessus. On connait bien les chiens on les étudie bien avant de les placer. Mais on a beau tout faire, il y a des chiens qui passent entre les mailles du filet. 

Franklin : Comment guidez-vous les adoptants ? 

Jenna : Je donne des conseils de base en tant qu’adoptante moi-même et à force de connaître les Molosses, même si je ne suis pas comportementaliste. Je préviens bien de tous les inconvénients, je donne une liste très noire du chien volontairement, en disant voilà tout ce qui peut arriver et qui peut vous enquiquiner comme les pipis à la maison, la destruction, la fugue, les aboiements, l’hyper attachement (...) J’essaye de tout lister avant pour leur dire, les prévenir que tout ça peut arriver de façon à les décourager, comme ça je vois les plus motivés ceux qui sauront gérer. Ensuite quand ils viennent adopter ils ont encore des conseils, une fois sur place, en fonction du chien. On liste une nouvelle fois les comportements positifs et négatifs du chien. En plus de cela, il y a des fiches qu’on leur donne avec des conseils de base sur la rencontre, l’arrivée, on essaye de tout baliser et ensuite il y a les conseils si besoin. 

Franklin : À quelles difficultés faites-vous face ? 

Jenna : Comme pour tous les refuges, principalement des difficultés financière. Ce n’est pas évident, ça coûte excessivement cher, c’est comme une entreprise il faut savoir la gérer. Il faut beaucoup d’argent pour que ça tourne, pour les frais vétérinaires qui sont énormes, la nourriture, même si on est bien aidé à ce niveau-là Le pire ce sont les frais vétérinaires et les charges patronales pour les salariés. 


Franklin : Avez-vous des partenariats avec des vétérinaires qui peuvent vous aider ?

Jenna : Oui on a un très bon cabinet vétérinaire qui nous fait des tarifs très intéressants, heureusement, mais il faut les payer, il y a des impondérables parce que parfois les chiens vont bien et tout d’un coup on a des mois où cinq chiens arrivent, ils sont maltraités, ils ont besoin de chirurgies, etc. Donc c’est un gros trou dans la trésorerie, quand c’est comme ça on est obligé de faire une cagnotte, de demander de l’aide parce que ça plombe les finances. 

Franklin : Est-ce que vous faites des actions pour récolter de l’argent ? 

Jenna : Oui, on fait des cagnottes ponctuelles quand c’est comme ça, toujours avec la facture parce qu’il faut le faire en toute transparence. On peut même donner le numéro du vétérinaire, ils peuvent même lui envoyer directement de l’argent, c’est très clean. C’est pour ça aussi je pense qu’on est bien suivi parce que les gens aiment la transparence. On peut aussi accepter des partenariats ponctuels pour récolter de l’argent. 

Franklin : Comment pouvons-nous vous aider ? 

Jenna : Au niveau des croquettes on est très aidés, par beaucoup de magasins du coin. Quand on a besoin on fait un appel au don sur Facebook et on est très aidés. Ce qui nous manque le plus ce sont des partenariats financiers pour avoir une entrée pérenne chaque mois de façon à avoir un calendrier prévisionnel un peu plus béton. Pour les particuliers, il y a la participation aux cagnottes, le parrainage, ils peuvent adhérer. Parrainer un chien ou un chat, ils donnent tous les mois pendant une durée déterminée. Ça nous aide beaucoup pour leurs soins.  


Comme Franklin, dites stop à l'abandon et si vous souhaitez aider le refuge Molosses Land, rendez-vous sur sa page Facebook, vous pouvez les contacter également au 06 24 09 46 84 et participer à leur cagnotte Teaming